Violence et désorganisation policière

Cette Manif’action dans la zone commerciale d’Atlantis à Saint-Herblain (à côté de Nantes) le 9 mars 2019, est pour moi une parfaite illustration des dérives et des problèmes que posent les forces de l’ordre (FDO). L’action visait à bloquer le centre commercial d’Atlantis pour lutter contre toutes ces enseignes (Ikea, McDonald’s, Starbuck, Apple et bien d’autres entreprises…) qui pratiquent l’évasion fiscale et qui font perdre des milliards d’euros à la France.

Avant de me concentrer sur un court extrait que je trouve particulièrement parlant, on va d’abord résumer rapidement cette journée. La manifestation a commencé sous le rond point d’Armor, rond point emblématique et symbolique du mouvement des gilets jaunes. Pour avoir vécu et observé tout cela d’un oeil le plus neutre possible, on peut voir que la violence et les problèmes de cette manifestation ont été principalement provoqués par et à cause des forces de l’ordre.

Premièrement, ils ont commencé à gazer et déloger les citoyens sous le pont du rond- point de la Porte d’Armor. Ceux-ci bloquaient une partie de la circulation tout en laissant une voie aux automobilistes pour passer. Suite à cela, le mouvement s’est d’abord dispersé sur deux routes, bloquant encore plus le trafic et créant un certain chaos. Rapidement, le mouvement s’est reformé pour se diriger vers la zone d’Atlantis. Pendant près d’une heure, ce sont environ 50 CRS, plus 1 ou 2 groupe(s) de la bac en soutien qui ont “contrôlé” la manifestation, nous prenant petit à petit en sandwich et en gazant pour essayer de disperser les citoyens.

Un peu plus tard, je ne sais pour quelle raison, les CRS se sont retirés laissant pendant au moins une heure leurs collègues de la bac et de la gendarmerie gérer la manifestation. À ce moment ils étaient en sous-nombre, peut-être une quinzaine de policiers de la bac et un groupe de gendarmerie mobile. Il y a eu quelques jets de bouteilles et de bombes de peinture avec une riposte proportionnée de la part des FDO. L’ensemble a été plutôt calme. Par la suite, les CRS sont revenus, le “cadrage” a repris et on s’est retrouvé sur le périphérique encerclé des deux côtés. N’ayant plus de portes de sortie, les manifestants s’en sont créé une en cassant les barrières de la voie d’en face.

L’extrait suivant est tiré de ce moment, pendant le live de Christophe (notre reporter Born to Be Média Rider sur Nantes). Il est pour moi très parlant des problèmes que posent les forces de l’ordre et surtout de la bac et de la gendarmerie mobile. Pour rappel, les CRS (avec des bandes jaunes sur leur casque) sont ceux qui sont entraînés à contrôler et gérer une manifestation. Normalement (bien que l’on voie régulièrement des débordements) ils savent comment réagir à la violence, s’organiser et y répondre proportionnellement ; ce qui n’est pas le cas de la bac et de la gendarmerie mobile qui sont, la plupart du temps, la cause de nombreux problèmes.

Extrait vidéo:

https://drive.google.com/file/d/1hjfKcGz9sbxkT5ruTJ_Wx7WZcBiPyB7F/view?fbclid=IwAR3dnB-_5MR46KcFYOI5-721HKCuphvBbElZO3jvHAONzbwaonnSkdF3aKI

L’extrait commence sur l’arrestation d’un jeune homme. En regardant de nouveau le live, je n’ai pas pu voir si l’arrestation était légitime ou pas, mais ce que l’on peut voir par contre c’est la manière dont la bac a appréhendé cet individu. Ils utilisent (à 1min10) une prise d’immobilisation appelée “le placage ventral”. Cette façon d’appréhender un suspect est souvent remise en question. C’est une prise dangereuse qui, mal exécutée, peut bloquer la respiration et provoquer des blessures voire la mort (ce qui rappelle l’affaire d’Adama Traoré). Elle est d’ailleurs interdite dans la majorité des pays de l’union européenne, mais est très courante en France.

En même temps, à 1min14, on voit un manifestant frapper la barrière pour donner un coup indirect aux forces de l’ordre. Un membre de la bac arrive alors en soutien et tire au flashball à bout portant sur ce manifestant (c’est difficilement visible sur la vidéo, mais nos yeux l’ont vu en direct et on peut entendre le bruit de la détonation). Le lanceur de balle de défense (ou LBD) est une arme non létale qui tombe sous le coup de la légitime défense. Son utilisation est soumise à certaines réglementations dont l’un des principes est qu’il ne doit pas y avoir de “disproportion entre les moyens de défense et la gravité de l’atteinte”. La police ne peut et ne doit pas tirer à moins de 7 mètres d’un individu et ils ne doivent viser que le buste ou les jambes. Pourtant, bien que le tir n’ait pas atteint sa cible, le coup est parti d’une distance de 3 ou 4 mètres, ce qui est illégal. On notera aussi, que bien que l’acte du manifestant soit très facilement critiquable, il ne représente cependant pas un réel danger (d’ailleurs les deux membres de la bac ne réagissent même pas). On peut donc parler d’une riposte disproportionnée. C’est comme ça que l’on en arrive à un total de 22 personnes éborgnées depuis le 17 novembre jusqu’au moment de l’écriture de ce texte.

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La suite de l’extrait est un peu floue sous le coup de l’action (et l’on n’entend pas tout), mais elle est aussi très révélatrice. Le groupe des FDO arrivant devant la barrière nous demande de reculer, mais au même moment derrière nous un autre groupe de gendarmes mobiles nous charge. Christophe notre reporter, bien qu’ayant un brassard “média”, se prend un coup de bouclier et se fait sommer d’arrêter de filmer. Dans les quelques secondes qui suivent (à 1min20), je me retourne vers lui, les mains en l’air tout en voyant arriver un membre de la gendarmerie mobile, de la haine dans les yeux, me donner un coup de matraque. Je ne peux l’affirmer complètement, mais j’ai bien vu dans son regard qu’il visait la tête ; j’ai réussi avec un petit mouvement à esquiver le coup qui a atterri sur mon épaule pour finir au niveau de ma clavicule. L’extrait continue avec deux autres membres de la bac (1min37), l’un prêt à lancer une lacrymogène et l’autre avec sa matraque en train de nous menacer et de s’énerver contre nous. À ce moment nous étions deux membres de BTBMR (média indépendant et non officiel), 4 street medics et quelques manifestants n’ayant clairement aucune relation avec une quelconque casse.

Durant ces 30 secondes de vidéo, on peut observer différents problèmes. D’abord, le fait que les médias sont aussi attaqués et ne peuvent exercer leur travail d’information correctement (que ce soit nous ou d’autres, de nombreux témoignages confirment cela). Ensuite, le manque de discernement d’un membre des FDO qui est censé être entraîné à repérer et maîtriser si besoin les éléments dangereux. Pourtant, que ce soit le coup de bouclier, la matraque ou encore de par les menaces et la violence verbale, on voit distinctement ici le manque de clairvoyance de ses membres.

Comment expliquer ces problèmes, voire l’illégalité de ces actions ? Premièrement, la pression : dans le feu de l’action ces hommes et femmes sont aussi des êtres humains soumis à l’adrénaline, la peur, la colère et à bien d’autres émotions. Ensuite, le manque de formation. Comme écrit ci-dessus, la plupart des membres de la bac et de la gendarmerie ne sont pas formés à gérer et contrôler une manifestation, ce qui pose d’énormes soucis. Ils sont livrés à eux-mêmes avec un manque de communication et d’organisation flagrant, les mettant souvent dans des positions délicates. Bien que les facteurs soient nombreux pour comprendre tout le contexte (la haine dûe à l’escalade de la violence, la fatigue, les ordres et autres facteurs sociologiques ou psychologiques…), expliquer n’est pas justifier.

Dans un pays censé être un “État de Droit” ce n’est pas normal de voir de telles actions et un tel comportement venant de personnes dont le métier et de défendre les droits individuels (avant 2014). De plus, entendre notre président se voiler la face en disant que “la violence policière est inexistante” est intolérable. Cet extrait, n’est qu’un grain de sable parmi toutes les autres preuves de cette violence, de la dérive et de la répression que le gouvernement met en place depuis plusieurs mois.

Noah

Sources :

Le LBD (ou Lanceur de Balle de Défense) :

https://www.nouvelobs.com/societe/20090819.OBS8175/l-usage-du-flashball-est-soumis-a-des-regles-strictes.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lanceur_de_balle_de_d%C3%A9fense

LBD : le nombre de tirs multiplié par cinq entre 2014 et 2018, selon un rapport sénatorial

LBD : le nombre de tirs multiplié par cinq entre 2014 et 2018, selon un rapport sénatorialRT France en direct : 📺 https://francais.rt.com/en-direct🔎 Un rapport sur le lanceur de balle de défense a été rendu public le 11 mars par le Sénat. Il révèle une nette augmentation de son utilisation lors des manifestations : 3 821 tirs comptabilisés en 2014 contre 20 054 en 2018.

Gepostet von RT France am Dienstag, 12. März 2019
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lanceur_de_balle_de_d%C3%A9fense

Le Média : “Gilets jaunes : un policier met en cause le gouvernement – Alexandre Langlois”

Le plaquage ventral et autres techniques d’immobilisation :

https://www.franceculture.fr/societe/violences-policieres-un-phenomene-grandissant

https://www.liberation.fr/france/2016/08/04/le-plaquage-ventral-une-technique-policiere-controversee_1470105

Une nantaise pacifiste arrêtée parce qu’elle “dérange en haut lieu” :

Bonjour à toutes et tous, Hier je me suis faite interpellée vers 14H30 pour ce faux prétexte comme vous pourrez le…

Gepostet von Nelly Rahmani am Sonntag, 10. März 2019
https://www.facebook.com/nelly.rahmani.5/posts/2050102791703597
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