La démocratie fera t-elle notre bonheur ?

Notre démocratie

En ce moment, nous sommes dans une période charnière de l’humanité : de nombreux peuples réagissent et essayent de se lever contre une société qui va tous nous plonger dans le chaos. Que ce soit en France ou encore à Hong-Kong, les combats pour la démocratie s’intensifient. Mais est-ce que grâce à celle-ci, les humains pourront enfin être acteurs de leur vie et de la société ?

Au plus profond de moi, je suis intimement et intuitivement convaincu que la démocratie est la bonne chose à faire pour tous. Qu’œuvrer dans une optique où chacun peut donner son avis et avoir un réel poids politique est fantastique ! 

Seulement, est-ce que mon intuition est vraiment la bonne ? Et surtout est-ce que la démocratie est vraiment la chose à faire pour le bien de tous ?

Quand on analyse les revendications des Gilets Jaunes, on s’aperçoit rapidement qu’au moins 90% d’entre elles ont un but social ou démocratique, elles cherchent à améliorer la vie des citoyens. En partant de cette observation, il me semble donc intéressant de prendre le point de vue d’un utilitariste pour répondre à cette question. Un utilitariste cherchera toujours dans une situation donnée à choisir la solution qui maximisera le bonheur général. Cette solution sera alors pour lui LA bonne.

Mais avant de commencer, nous devons d’abord définir le terme démocratie. Chacun en a sa propre définition avec ses nuances. Pour aujourd’hui, nous allons prendre le sens le plus large de la démocratie qui est “le pouvoir par le peuple”.

Que se passerait-il si demain le peuple gouvernerait ? (avec le RIC par exemple)

Le premier problème qui se poserait à nous est celui de la “dictature majoritaire”. Prendre toujours l’avis de la majorité sous-entend de ne pas prendre en compte la minorité, donc de laisser une partie de la population insatisfaite. Si cela représente 0.1% des citoyens, ce n’est pas très grave, on peut faire des compromis. Mais si le résultat d’un vote pour une loi importante est de 49 à 51%, ça risque d’être plus tendu… 

En reprenant notre point de vue utilitariste, on peut se dire qu’à la limite, la majorité des gens sont satisfaits donc ça passe ! Mais est-ce vraiment si simple ? 

C’est là que notre deuxième problème rentre en jeu. La démocratie sous-entend que l’on est capable de prendre des décisions rationnelles mais l’être humain est irrationnel par nature. Il a tendance à suivre son intuition et confirmer par sa raison ce que son instinct lui dicte. Autrement dit, le cerveau est complexe et il fait face à de nombreux biais cognitifs qui vont fausser sa réflexion. Les biais cognitifs sont une distorsion du traitement de l’information par le cerveau qui vont causer des erreurs dans nos jugements, notre raisonnement et donc dans notre rationalité. On y est tous confronté au quotidien sans s’en rendre compte et le meilleur moyen de s’en protéger est de connaître ces biais pour en être conscient.

“D’accord l’humain est irrationnel, mais si on lui donne les moyens de s’informer sous différents angles et en faisant attention aux différents biais, ça devrait le faire !”. Alors oui, mais ce n’est pas si simple ! Entre le travail, la famille, les loisirs, on n’a pas forcément le temps de s’informer correctement et si en plus notre cerveau nous joue des tours… Ce n’est pas facile ! Donc on va avoir tendance à écouter ce que l’on voit et la majorité (silencieuse et inactive) des gens se renseignent sur les médias traditionnels. L’influence médiatique sera donc toujours présente et nos décisions seront encore biaisées. Même sans parler d’influence, pour prendre une décision vraiment réfléchie, il faut souvent avoir de nombreuses connaissances dans différents domaines : sociologie, économie, géopolitique, droit, philosophie morale et politique, environnement, finance… Et sur bien d’autres sujets ! Même avec la meilleure intention du monde, prendre une bonne décision (basée sur une vision globale de la situation la plus objective possible) est très difficile ! La quasi totalité d’entre nous est trop ignorante pour pouvoir voter en étant bien informée.

Toujours dans notre vision utilitariste, on peut voir avec la démocratie que si une décision complexe doit être prise par une masse emplie de dissonances cognitives, on risque de prendre la mauvaise décision et donc de ne pas maximiser le bonheur général voire pire.

D’autres problèmes sont aussi à prendre en compte, comme le financement nécessaire pour obtenir des signatures et proposer une loi et/ou le temps de prise des décisions qui peut être long. Entre les débats et les différents échanges, tout changement important prendra du temps et nous en manquons ! Ce qui pourrait entraîner de graves conséquences qu’un utilitariste voudra éviter. On pourrait ensuite citer d’autres limites comme les problèmes d’intérêts personnels de chacun ou encore le fait que plus on s’intéresse à la politique plus on prend le risque de devenir un “ hooligan politique ” (mais on y reviendra dans un autre article).

Alors pourquoi tout cela ? Est-ce que cela signifie que la démocratie ne fonctionne  pas et qu’il faut garder le modèle actuel ? Non, bien-sûr que non ! Tous les problèmes cités sont valables aujourd’hui et on voit très bien l’influence des médias ou de nos biais cognitifs. De plus, des solutions sont constamment réfléchies pour éviter au maximum ces soucis (démocratie participative, assemblée constituante, outils informatiques, etc…), mais il me semble important de prendre du recul et savoir se remettre en question. Mettre en place une réelle démocratie n’est pas chose aisée. Encore plus dans ce monde où certains concepts sont complètement contre-intuitifs (comme en maths, en physique quantique, en sociologie ou en économie…) et complexes à cerner. Il faut que nous prenions conscience de ces freins et que l’on ait conscience des faiblesses de la démocratie pour mieux les surmonter ! Réfléchir cette démocratie en amont pour peut-être la faire évoluer vers un concept auquel on n’aurait pas pensé au début. A plus forte raison, la société évolue et devient de plus en plus complexe, nos choix démocratiques doivent faire évoluer notre façon de penser, d’agir, de s’informer ; afin de combler les lacunes de chacun et de créer un tout, tous ensemble en valorisant l’intelligence collective.

Lire aussi:  Faut-il parler des Gilets Jaunes aux enfants ?

Par exemple, de mon point de vue, mettre seulement le RIC] (Référendum d’initiative citoyenne) en place pour parler de démocratie ne suffit pas. Il a besoin d’être accompagné par d’autres mesures garantissant l’évolution de notre système sur du long terme. On peut commencer par changer notre mode d’élection par le suffrage majoritaire (limitant les votes barrages et utiles et autres absurdités) ou encore revoir le fonctionnement d’institutions comme l’éducation nationale pour chercher à acquérir beaucoup plus de connaissances sur les sujets cités ci-dessus. C’est d’ailleurs tout le modèle éducatif qu’il faut revoir. Mettre en place des cours de fact checking (vérification des faits) pour aiguiser le sens critique comme les ateliers du youtuber Hygiène Mentale, revoir les programmes scolaires, comprendre le fonctionnement du cerveau et de ses biais cognitifs, prendre plus en compte les neurosciences, la pédagogie etc… On peut faire beaucoup pour permettre aux enfants de se construire et de devenir de futurs citoyens réfléchis !

Nous devons aussi repenser les institutions politiques et médiatiques (comme on peut le voir avec les médias indépendants qui émergent ou les assemblées citoyennes qui réfléchissent à la question). 

Il est aussi essentiel que chacun d’entre nous se rende compte de son ignorance et soit capable de savoir quand il ne sait pas. Encore plus en France où l’exigence démocratique pousse les citoyens à vouloir s’informer et avoir un avis sur tous les faits de société. La peur de l’échec et celle de ne pas savoir est très présente, quitte à avoir un avis faussé par rapport à la réalité. On a aussi tendance à glorifier le vote : c’est un acte citoyen primordial. Mais dans une vraie démocratie avec le peuple où pouvoir être capable de dire “je ne sais pas” et de ne pas aller voter sur des questions pointues est d’une importance capitale. Chacun de nous est plus ou moins spécialiste dans certains domaines, on a même des scientifiques qui passent leur vie à étudier des sujets au centre de notre monde ! Alors pourquoi ne pas s’inspirer d’un système épistocratique (comme l’appelle Jason Brennan) afin de pouvoir faire confiance à ces experts dans la prise de nos décisions ?

L’épistocratie est le principe de donner le pouvoir au savoir, ce qui est déjà le cas dans de nombreux domaines. Aujourd’hui un théorème mathématique sera dit valide que si une poignée d’experts se sera accordée sur la validité du théorème et non pas parce que le peuple en aura décidé ainsi. Les scientifiques nous apprennent aussi que l’on a 100 ans de retard en éducation ; ils nous avaient prévenus depuis 1970 des risques du capitalisme sur le réchauffement climatique et comprennent beaucoup mieux les enjeux sociologiques d’une loi, bref ils sont en avance sur nous !

“ Donc au final c’est mort ? La démocratie ne marchera pas et la foule est stupide ! Non ? ”

Non, toujours pas ! Encore une fois ce n’est pas si simple ! Le monde scientifique n’est pas parfait lui non plus et est aussi victime de cette politique capitaliste de croissance. On peut notamment le voir dans la manière dont sont publiés leurs travaux. De plus, de nombreux écrits et recherches parlent de la “sagesse des foules” ; dans certaines circonstances et sous certaines conditions, la foule peut être bien plus efficace que des experts. On peut par exemple le voir lors des assemblées constituantes où l’intelligence collective fait des miracles ! Le cerveau a aussi une incroyable plasticité cérébrale : il peut s’adapter et modifier son fonctionnement selon nos actions et réflexions, et donc, évoluer.

La population est très loin d’être stupide !  Elle ne peut simplement pas répondre à toutes les questions et c’est normal ! Dans une démocratie favorisant le bonheur global, il faut réfléchir à un modèle nous permettant de prendre les meilleurs décisions pour le bien de tous. Peut-être classifier les domaines et lois selon l’expertise nécessaire, ou encore, organiser un premier vote entre les scientifiques puis un second par la suite avec la population qui décidera ou non de se ranger de leur côté. De nombreuses possibilités existent ! 

Une vrai démocratie basée sur le pouvoir et les connaissances du peuple est selon moi, l’une des plus belles choses qui pourrait arriver à l’humanité ! Nous devons continuer d’y travailler et de la réfléchir pour le bien de tous. En étant totalement conscient de notre ignorance (ou de notre savoir) et des problèmes qui peuvent émerger, on doit faire évoluer notre système actuel pour qu’ensemble, nous fassions passer un nouveau cap au monde du vivant !

Noah

Sources / En savoir plus

Cet article m’a été très fortement inspiré par la vidéo de “Sciences4all” : ” 7 arguments contre la démocratie | Démocratie 30

Vous pouvez aussi regarder sa série de vidéos sur la démocratie du point de vue de la théorie des jeux : passionnante !

Le Média : ” Pourquoi la France n’est pas une démocratie ? RIC, Gilets Jaunes…

Dirty Biology : ” La sagesse des foules

Dirty Biology : ” La mafia scientifique dont vous n’avez jamais entendu parler – DBY #53

Wikipedia : ” Les biais cognitifs

Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme : ” Pourquoi et comment aller vers une démocratie participative ?

Je vous conseil aussi la chaîne “Hygiène Mentale” pour aiguiser son sens critique et mieux comprendre comment prendre une bonne décision de façon plus rationnelle. Vous pouvez aussi regarder sa playlist “éducation aux médias” pour avoir quelques exemples de ce qu’il est possible de mettre en place dans les écoles.

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