Pourquoi les riches sont-ils riches? (Bourdieu et sociologie)

Titre légèrement accrocheur je vous l’accorde ; la richesse est un vaste sujet avec de nombreux facteurs à prendre en compte (la chance, la bonne idée, les contacts etc…), cependant, dans cet article nous allons nous concentrer sur une notion particulièrement importante, celle de la reproduction sociale du sociologue Bourdieu.

Pierre Bourdieu
Pierre Bourdieu

Née dans le Béarn à Denguin en 1930, Pierre Bourdieu étudiera à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm où il obtiendra l’agrégation de philosophie.  De 1958 à 1960, il échappe au service militaire en Algérie et enseigne la philosophie à la Faculté des Lettres d’Alger ; c’est à ce moment là qu’il décide de faire une carrière dans le domaine de la sociologie et réalise différents travaux d’ethnologie. En 1964, Pierre Bourdieu devient directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. En fondant la revue “Actes de la recherche en sciences sociales” il gagne en notoriété et est par la suite nommé professeur au Collège de France en 1981. Bien que parfois critiqué pour le manque d’études scientifiques de certaines de ses recherches ou pour l’application que Pierre Bourdieu en fait ; il reste néanmoins une référence dans le milieu de la sociologie. 

Sa pensée a eu un impact considérable sur les sciences humaines et sociales et pour moi ses travaux sont parfois à compléter, mais souvent complémentaires à d’autres recherches.

Dans l’article précédant (“Le cerveau, la meilleure comme la pire de nos armes!”), on a vu que notre cerveau est incroyable, il trie et organise toutes les informations qui nous passent à l’esprit. C’est d’ailleurs en grande partie la somme de nos expériences et de nos apprentissages qui font la personne que l’on est aujourd’hui. Du point de vue de la biologie et des neurosciences, c’est très important d’être conscient de cela ! Surtout que c’est aussi un sujet abordé dans d’autres domaines comme en philosophie ou encore en sociologie.

Pierre Bourdieu a d’ailleurs sa propre explication de cela, l’Habitus . Ce concept, à l’origine utilisé par Thomas d’Aquin pour traduire le terme aristotélicien d’hexis ; a, par la suite, été repris par Bourdieu pour penser le lien entre socialisation et actions des individus.

L’habitus se définit par l’ensemble des dispositions, schèmes d’action ou de perception que l’individu acquiert à travers son expérience sociale. Par ce processus de socialisation, puis par sa trajectoire sociale, tout individu incorpore lentement un ensemble de manières de penser, de sentir et d’agir.

En d’autres termes, ce sont toutes nos expériences et tout se ce que nous vivons qui vont créer l’être sociale que l’on ait aujourd’hui. En effet, nous évoluons tous dans des groupes (ou des classes) sociaux différents. Un enfant d’ouvrier ne sera pas éduqué de la même manière qu’un enfant de politique. Ils ne vivront pas les mêmes expériences, ils ne verront pas les mêmes endroits, ils auront des conversations sur d’autres sujets… Bref, ils se construiront donc différemment en tant qu’individu et en tant qu’être social ; que ce soit dans leur manière de penser, d’agir, de communiquer ou encore de s’exprimer.

Ce processus de socialisation passe par plusieurs étapes :

  • La socialisation primaire avec la première sphère : C’est notre entourage proche avec qui l’on sera le plus en contact (famille, amis, école…) qui vont permettre de nous construire durant notre enfance. C’est de là que l’on va tirer notre gestuelle, le vocabulaire, nos premières idées…
  • La socialisation secondaire : C’est la socialisation qui continue durant l’âge adulte ; qui évolue en fonctions de nos expériences et groupes d’amis.

En passant par ces phases, l’Habitus définit notre identité et donne notre place dans la société. Pour Bourdieu, l’Habitus représente des “structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes.” 

“Structures structurées” : parce que, comme on l’a vu, l’Habitus est structurée par notre condition sociale. Il se construit en fonction de nos expériences, de notre milieu social et de notre entourage.

Structures structurantes” : Parce qu’une fois l’Habitus bien ancré en nous, celui-ci ne devient plus une “conséquence” (de nos expériences), mais une “cause”. On va piocher dans notre Habitus les codes sociaux à adapter dans une nouvelle situation. Cela va donc définir notre comportement et notre manière de réagir à cette expérience.

Lire aussi:  Le cerveau, la meilleure comme la pire de nos armes!

Pour résumer, ce sont toutes les expériences que l’on va vivre dans notre milieu social qui vont nous définir en tant qu’individu.

Pour aller plus loin et en s’appuyant sur des concepts comme l’Habitus, les Champs ou encore les Violences Symboliques à travers plus d’une trentaine de livres et d’une centaine d’articles ; l’œuvre de Bourdieu débouche finalement sur une théorie de la société et des groupes sociaux qui la composent : “la théorie de l’espace sociale”. Dans cette théorie, on va notamment chercher à comprendre comment les groupes sociaux se constituent et se hiérarchisent. Pour Bourdieu, la société se structure à travers différents capitaux qui va favoriser la reproduction sociale et l’inégalité des chances.

En effet, quand on vient au monde, on naît dans un certain milieu social avec une certaine famille et un entourage proche aléatoire qui va grandement influencer notre Habitus et le reste de notre vie. On peut notamment citer quatre capitaux :

  • Le capital économique  qui représente l’ensemble des ressources économique d’un individu ; que ce soit ses revenus personnels ou son patrimoine.

Si on est un enfant issu d’une grande fortune, on aura forcément plus de facilité financière dans la vie.

  • Le capital culturel qui représente l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu. Elles peuvent être sous trois formes : incorporées (savoir et savoir-faire, compétences, forme d’élocution, etc.), objectivées (possession d’objets culturels) et institutionnalisée (titres et diplômes scolaires).

Selon notre classe sociale, nous aurons plus ou moins tendance à pratiquer tel sport ou tel art, nous irons plus ou moins au cinéma, au théâtre ou au musée, nous voyagerons plus ou moins loin etc… Ces expériences nous construiront et nous donneront accès à une identité et un réseau social différent.

  • Le capital social représente les relations d’un individu. 

A travers son réseau social et celui de ses proches, il sera plus ou moins facile pour l’individu d’obtenir un stage, du travail ou autres avantages qui lui permettront d’évoluer dans la société.

  • Le capital symbolique représente toute forme de capital (culturel, social, ou économique) ayant une reconnaissance particulière au sein de la société. 

Si l’on est un enfant issu d’une grande famille reconnue pour ses exploits, son histoire ou encore sa fortune par exemple ; la symbolique derrière ces titres nous permettra d’avoir accès plus facilement à plus de capitaux économique, social ou culturel.

Comprendre ce concept de capitaux est pour moi essentiel. En comprenant d’où nous vient notre Habitus et comment celui-ci se répercute dans la société, on va pouvoir par nous-même, apprendre à se (re)construire et à choisir nos expériences en fonction de la façon dont l’on souhaite évoluer.

Espace social de Bourdieu
Espace social de Bourdieu

Et bien entendu, à travers ses concepts, Bourdieu ne dit pas que l’habitus ou le milieu social dans lequel nous naissons est définitif et construira des individus identiques, heureusement ! Il cherche simplement à comprendre la société dans laquelle nous évoluons. C’est à nous, ensuite, d’étudier le travail de scientifiques comme Bourdieu et d’autres pour comprendre notre monde, cibler ses faiblesses et aider à trouver des solutions ou agir pour les mettre en place.

Noah

PS : le prochain article (qui est un peu comme la suite de celui sur le cerveau et de celui-ci) est extrêmement important, restez attentif ! 😉

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