Le travail tue

Alors que Macron et le gouvernement comptent encore durcir les conditions de travail avec leur loi sur l’assouplissement du travail de nuit ; il est peut-être temps de se poser les bonnes questions : Pourquoi travaillons-nous ? Et cette routine “métro-boulot-dodo” a-t-elle encore un sens ?

CHEREAU – Les créateurs de Possible

Le mot travail viendrait, très probablement, de Tripalium qui signifiait au moyen-âge, instrument de torture. Par la suite, le terme a évolué dans le sens qu’on lui comprend aujourd’hui, définissant plutôt le fait de produire une valeur (matérielle ou immatérielle) de part sa force de production. 

Le travail est un sujet complexe, pouvant être abordé sous différents angles avec des nuances dans la définition. Cependant ce qui nous intéresse ici, c’est le travail salarial ; celui qui rémunère contre la création d’une valeur. Tel qu’on le connaît aujourd’hui, il est né aux alentours du XIXème Siècle avec la révolution industrielle. Durant cette période, de nombreux auteurs tels qu’Emile Zola ou encore Karl Marx se sont exprimés sur le sujet.

En théorie, le travail est vu comme une bonne chose dans la société. De nombreuses valeurs (fondamentales en France) se dégagent de ce terme. Quand on pense travail, on pense abnégation, effort, récompense, épanouissement, maturité, responsabilité etc etc… On est censé y développer des compétences, des savoir-être et savoir-faire et apprendre à travailler en équipe pour un objectif commun. En travaillant, on participe au grand rouage qu’est le système, on permet aux jeunes d’aller à l’école, aux personnes âgées de prendre leur retraite et aux gens de se soigner. Travailler c’est beau, c’est noble, c’est valorisant.

Selon Karl Marx, le travail devrait permettre de nous distinguer de l’animal, de se libérer des contraintes de la nature et de réaliser notre humanité. Certe, c’est vrai d’un certain point de vue, mais concrètement, le travail d’aujourd’hui, celui du capitalisme, pose de nombreux problèmes !

Il suffit de quelques chiffres pour se rendre compte de l’ampleur du problème. En France, nous avons:

  • 1 million de travailleurs précaires qui vivent avec moins de 855€ par mois.
  • Même si globalement, le nombre d’accidents du travail est en baisse depuis 20 ans, il reste en augmentation dans certains secteurs comme ceux de l’aide à la personne ou de l’intérim avec une moyenne de 53 et 92 accidents respectivement pour 1000 employés en 2017. 
  • 27% des français ont déposé un arrêt de travail en 2018 pour cause de maladie ou d’accident. La durée moyenne des arrêts de travail étant d’environ 50 jours par an (pris en plusieurs fois). Avec cela, l’absentéisme au travail et les troubles psychologiques ne font eux aussi qu’augmenter.
  • 1 cadre sur 2 a déjà été ou est en “burn out”
  • Environ 2 français sur 3 vont au travail avec peu, voire aucun enthousiasme…

Même sans parler de précarité, le travail est injuste par nature, on peut le voir notamment à l’inégalité salariale. Les femmes, par exemple, gagnent en moyenne 15 à 30% de moins que les hommes (selon les domaines) pour un poste et des compétences équivalentes. Mais on peut aussi voir cette inégalité entre les métiers eux-mêmes ; les métiers d’utilité publique primordiaux pour la société tels que les enseignant(e)s, infirmier(e)s, éducateur(trice)s, chercheur(se)s etc… sont souvent peu payés en comparaison des banquiers, assureurs, cadres et autres acteurs du monde du commerce.

Le travail est aussi déshumanisant, sous-exploitant souvent les capacités humaines et nous poussant à faire les mêmes tâches répétitives et/ou ingrates chaque jour, l’une après l’autre, encore et encore. On rentre chez nous épuisés, on s’abîme la santé et le mental pour pouvoir vivre. Comme on l’a déjà vu dans un précédent article, notre capital temps, donc le temps que nous avons pour vivre et nous construire en tant qu’humain et citoyen est primordial. Le travail ne doit pas être un frein à cela, mais un tremplin vers l’amélioration de soi, la collectivité et l’épanouissement personnel.

Dans tous les cas, sachez que l’on se fait tous exploiter. Le capitalisme est basé sur le principe de miser sur la rentabilité de la force de production ; c’est à dire de gagner de l’argent en utilisant la plus-value du travail des employés.

Je me souviens du témoignage d’un imprimeur qui expliquait qu’en environ 45 jours, grâce à sa force de production, il avait rapporté à l’entreprise l’équivalent d’un an de son salaire. En d’autres termes, le travail qu’il effectue pendant plus de dix mois dans l’année ne représente que du bénéfice pur pour l’entreprise.

Sarkozy disait à l’époque “Travailler plus pour gagner plus”, ce qui était complètement faux ! Maintenant, Macron nous explique que ” Les salariés doivent pouvoir travailler plus sans être payés plus “, ce qui est complètement con ! 

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Forcément, si l’on veut un système qui fonctionne, il faut obligatoirement qu’une entreprise puisse trouver du bénéfice quelque part (dans la plus-value de la force de production et dans les différentes marges des produits vendus). Tout le monde peut le comprendre ! Mais est-ce que cela justifie de si grands écarts entre le salaire des employés et la rentabilité des actionnaires ? De laisser autant de personnes dans la précarité ? D’exploiter des enfants ? De polluer la terre, le ciel et les océans, de détruire les forêts et tuer les animaux ? De provoquer des guerres et bien d’autres catastrophes ? etc…

Pour finir, en France, on a tendance à parler de méritocratie ; une sorte de “rêve à la française”. Plus on travaille dur, plus on réussira, si l’on échoue, c’est de notre faute. C’est faux ! La reproduction sociale de Bourdieu ou encore les chiffres (3% d’enfants d’ouvriers vont dans les grandes écoles supérieures alors que les ouvriers représentent environ 28% de la population) nous montre que le système fonctionne plus par piston et pouvoir social.

Contrairement à ce que l’on dit, le travail ne devrait pas être obligatoire et déshumanisant, mais productif et épanouissant. Ce système là nous a été imposé dès notre naissance malgré ses lacunes. Si en France, il ne tue que très peu physiquement, il est dévastateur psychologiquement. Nous devons repenser notre relation au travail et la place qu’il doit occuper dans notre vie. Repenser son but et son organisation pour la société et pour nous-même. Il faut revaloriser notre temps personnel et professionnel, chercher à s’épanouir grâce à notre productivité et nos passions et ainsi, faire avancer l’humanité.

Noah

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